Elle décida qu’elle deviendrait carmélite.
Le voile lui irait bien, elle contemplerait en silence, le Monde.
Mise au courant, sa mère l’approuva mollement : si c’est ce que tu veux...
De l’opinion de son père, elle ne garde aucune souvenance.
Le lendemain, conformément à sa décision, elle brida sa nature profonde et se força au silence.
Elle s'absenta d'elle-même, se sentit pousser des ailes et prit dans des soupirs extasiés, une mine béate.
Toute son attitude tendait à ce que cela émanât d'elle: le grand appel au sacrifice de soi.
C’était sans compter sur son frère. Car celui-là de quatre ans son aîné ne l’aimait guère. Elle avait surgi dans sa vie sans qu'il en fut informé, et la voir s'agiter dans un berceau à dentelles l’avait profondément mis en colère.
Depuis, une grande détestation l'animait.
Il prit comme un défi sa vocation soudaine. Ce qu'elle complotait dépassait l'entendement: à nouveau, elle forçait l’admiration.
Excédé, il se mit en devoir de lui faire quitter son regard obstinément posé ailleurs.
- Tu es bête, laide et seule.
Un soir qu'il lui lançait ses chaussettes sales à la figure, la fureur arriva comme une déferlante.
Elle se parjura.
Quittant son air pour le moins mystique, elle retroussa ses jupes virtuelles, renonça au silence et lui fonça dessus en hurlant.
| Bruno Guiard |